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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 04:05

afficheLa Hammer…. Firme mythique pour les amateurs de cinéma fantastique ayant réussi à mon sens à jalonner de nouvelles règles esthétiques tout un pan de l’industrie horrifique au même titre que les Studios Universal dans les années 30.

The Curse of Frankenstein marque en effet un renouveau salvateur pour le genre. Contrairement à ses aînés, ce métrage n’hésite pas à montrer des membres coupés, du sang et autres joyeusetés du même style ou auparavant tout n’était que suggéré. Le choix d’un tournage en couleur sublime le reste et affole la censure, ce qui se révèle remarquable pour la publicité et attire les foules dans les salles obscures. On passe ainsi d’un cinéma de genre romantique à un cinéma d’horreur gothique. Je ne peux que vous inviter à vous procurer ce film, à la réalisation maîtrisée et bénéficiant de l’expertise de la Sainte Trinité Hammerienne Cushing – Lee – Fisher.

Le roman de Mary Shelley venant de tomber dans le domaine public, les studios se sont rapidement décidés à mettre en scène leur version de l’histoire. Des points communs existent évidemment avec le film qui rendit Karloff célèbre. On pensera à certains points clefs de l’intrigue comme la rencontre avec l’aveugle, le cerveau abîmé …. Mais on notera aussi d’énormes divergences comme la non intervention des villageois en fin de métrage, les résurrections multiples du monstre et la recherche des différents composants particulièrement bien choisis (des mains de sculpteurs, un cerveau de scientifique…). 

Le choix de la couleur réussi merveilleusement au film, lui donnant une patine surannée qui le franki 1classe de suite hors de toutes considérations temporelles. Le seul plan d’ouverture après un écran titre baignant dans un rouge presque carmin annonciateur d’évènements dramatiques (nonobstant le recours à une police de caractère elle même gothique) réussit à mettre en place une atmosphère étouffante, surannée, malgré l’usage évident de matte-paintings. On ne peut s’empêcher de penser à certains plans du Dracula de Coppola et  à tant d’autres films dit horrifiques qui ont suivis. Les décors intérieurs suivent le même cheminement de pensée et renvoient à la dualité qui opère chez le Baron Frankenstein. Les salons et autres pièces d’habitations sont propres, rangées, bien sous tout rapport et richement décorées, fidèle au statut social de notre anti-héros tandis que les accès à ses laboratoires sont verrouillés, difficile d’accès. Ces derniers sont eux mêmes extrêmement fonctionnels, dépouillés, remplis de matériels aux couleurs rouge-sang et vert de gris, instaurant une atmosphère crasse , glauque à l’instar de mur sur lesquels s’insinue de l’humidité et une absence de lumière flagrante. Le sous laboratoire est encore plus insidieux avec son grand bac empli d’acide permettant au Baron de se débarrasser d’éléments gênants.

La dualité de Frankenstein est vraiment intéressante, elle fonctionne en écho tout au long du film, bien plus prononcée que dans le métrage de Whale. Le Baron pourrait être considéré comme un schizophrène social. Double dans ses décisions scientifiques afin de s’assurer de l’aide de son tuteur, double dans ses relations amoureuses afin de satisfaire ses penchants tout en entretenant un semblant de convenance, double dans sa franki 2relation au monstre et double dans son comportement même avec le curé venu l’écouter en prison. Des deux entités, du créateur ou de la créature,  la frontière entre le bien et le mal s’estompe progressivement jusqu’à les mettre sur un pied d’égalité pour ensuite inverser les rôles après un très court affrontement où l’un comme l’autre sont finalement semblables et se perdent dans l’effroi qu’ils éprouvent réciproquement.  La dualité se recoupe même dans leur existence. Le Baron a couru après cet exploit scientifique toute sa vie jusqu’à y sacrifier sa raison et son âme tandis que le monstre s’est vu octroyé une nouvelle chance de vivre qu’il n’avait pas réclamé, errant sans but dans une existence composite dans laquelle il ne se retrouve pas. Et c’est aussi une autre différence notable avec le film de Whale où Karloff offrait un être à priori disgracieux mais possédant finalement une innocence touchante là où le monstre de Fisher ne comprend pas pourquoi il est là et se contente de tuer tout ce qu’il croise, sans réussir à évoluer à mûrir avec une finalité prévisible et indispensable.

La réussite du film passe quand même par l’aspect du monstre de Frankenstein. Il reste difficile, même près de 30 ans après sa première apparition, d’oublier l’extraordinaire maquillage de Jack Pierce. Ce masque a tellement marqué le public qu’il est entré dans l’imaginaire collectif et qu’il reste impossible d’évoquer le monstre sans se représenter ce front proéminent et ces électrodes dans le cou ! On retrouvera d’ailleurs beaucoup de dérivés de cet aspect que ce soit dans l’excellent Monster Squad, mais aussi à travers un sentai drama comme Beetleborgs ! Cependant, Universal reste propriétaire des droits et ne donne pas facilement son accord pour l’utiliser. Et le studio refuse carrément la demande de la Hammer.

Les maquilleurs vont alors passer un temps inconcevable pour essayer de s’en approcher aufranki 3 plus, mais les résultats à l’écran sont désastreux (c’est ce qui avait aussi poussé la major à garder le noir et blanc pour la dernière apparition de Karloff dans le rôle d’ailleurs). Christopher Lee, excédé par des essais inutiles propose alors une solution toute simple, et donc brillante. Le monstre est composé de morceaux de cadavres, pourquoi ne pas simplement appliquer des lambeaux de peau sur son visage?  Le résultat est aussi saisissant que réaliste et reste pour moi une réussite majeure de ce film. Autant le masque de Karloff avait quelque chose d’onirique, autant celui de Lee colle tout à fait à l’ambiance voulue assurément réaliste du film et ne laisse aucun doute quand à la porte contre nature des expériences du Baron. Il est impossible de s’attacher à ce monstre ci, impossible d’éprouver de l’empathie sans avoir un certain recul, ce qui n’était pas utile pour le monstre de Pierce.

Christopher Lee justement ….. Karloff avait énormément tourné avant d’acquérir la célébrité avec Frankenstein. Le chemin de Lee est quasi similaire. Acteurs contraint de toujours accepter des seconds voire troisièmes rôles pour subsister, il se posait à l’époque de nombreuses questions quant à la poursuite de sa carrière d’acteur, cette dernière ne lui permettant pas de joindre les deux bouts. Il possédait certes un physique hors normes pour l’époque du haut de ses presque deux mètres et il lui aura fallu attendre The Curse of Frankenstein pour que cet handicap devienne sa plus grande force. C’est d’ailleurs cette particularité qui de son propre aveu lui a fait obtenir le rôle plus que ses talents pour le jeu. Il est d’ailleurs muet tout au long du film à l’exception d’un cri pré mortem et ses capacités de mime, bien que correspondant parfaitement aux besoins de son personnage ne sont guère mémorables comparés à toute la préciosité ingénieuse déployée par Karloff. Malgré tout cela, il parvient malgré tout à donner un caractère terrifiant au rôle, ce qui n’était pas gagné. Sans Lee, le film n’aurait sûrement pas eu cet impact. 

Je ne réduis pas pour autant la prestation impeccable du reste du casting. Cushing en tête, qu’on découvre pour la première fois à l’écran aux côtés de Lee pour ce qui formera un couple mythique dufranki 4 cinéma d’horreur (ils avaient déjà tourné ensemble par deux fois auparavant, mais n’avaient jamais de scènes communes à l’écran) et fantastique jusqu’à nos jours, Lucas ayant eu l’excellente idée de recruter Lee pour sa prélogie là où Cushing avait un rôle tout de même important dans le premier opus de la trilogie de base de Star Wars.  C’est Peter Cushing lui-même qui aurait contacté la Hammer quand il eut connaissance du projet, tenant à jouer le rôle du Baron. Le studio britannique accède avec bonheur à sa demande, ce dernier apportant du même coup un sacré coup de pub au projet, via une notoriété déjà bien établie grâce à la télévision. Les traits secs et durs de Cushing se prêtent à merveille à l’interprétation toute en nuances du Baron, son accent britannique achevant de convaincre le dernier des philistins à ce type de cinéma. C’est un véritable plaisir de le suivre, d’être constamment surpris par ses réactions, vu qu’il parvient à passer de la plus grande violence morale à la plus aimable des compagnie sans prévenir, sans aucune transition. De plus, le film étant de grande qualité contrairement aux dernières productions Hammer du type Dracula A.D. 1972 (où les acteurs principaux ne jouaient plus que par amitié envers leurs anciens producteurs, pris à la gorge), on sent encore plus l’investissement de Cushing à l’écran. C’était décidément un très grand que peu aujourd’hui arriveront à égaler (j’aurais même tendance à dire jamais).

Robert Urquhart (Les 55 jours de Pékin, Les chiens de Guerre) s’en sort également très bien franki 5en tant que directeur de conscience du Baron. Il attire de suite la sympathie comme tuteur et on reste de son côté quand il essai de détourner Frankenstein de son terrible projet (tout en éprouvant de la curiosité et l’envie qu’il poursuive pour voir jusqu’où tout cela va bien pouvoir aller). Il est le parfait pendant positif de ce qu’aurait pu devenir Cushing s’il n’avait été obnubilé par ses illusions blasphématoires (jusqu’à réussir à faire croire à un moment que son mentor allait servir de cerveau pour le monstre !)  

Et là aussi, à l’instar de la dualité avec le monstre, on peut encore observer une mise en abîme de la psyché humaine. Cushing dès son plus jeune âge était au fond quelqu'un d’extrêmement froid, dur et attaché à sa tranquillité et à ses idéaux. On peut nettement le voir lors de la scène à l’église qui permet d’introduise sa cousine lorsqu'il est encore adolescent. Le temps aidant, et personne ne l’arrêtant vraiment, il fini par devenir presqu’inhumain, hautain, ne considérant les autres que ce pour ce qu'ils peuvent vraiment lui apporter, matériellement parlant. Paul Krempe lui donne accès à la connaissance et à un soutien des premiers temps niveau scientifique, Justine lui permet de satisfaire ses besoins physiques et sa cousine ses besoins sociétaux. Tout est bon, tout est sacrifiable du moment qu'il atteint son objectif. Au sens propre, littéralement, la scène où il sacrifie la jeune servante étant quand même lourde de sens quant à la compréhension du personnage et terrible pour le spectateur à qui on en permet (mal)heureusement que la suggestion de son exécution. Tout le côté monstrueux du Baron est alors exposé dans la scène suivante du petit déjeuner où rien ne semble s’être passé alors qu’on lui pose ouvertement la question de la disparition de celle-ci. Sans compter que pour se débarrasser d’elle, on peut supposer qu'il l’a jetée dans la baignoire d’acide. Alors qu’elle portait son enfant … dernier morceau d’humanité qu'il lui restait. Il ne finit par retrouver un semblant de conscience que lors de la confrontation avec son ouvrage lorsqu'il manque d’être tué pour la seconde fois par lui. Et ce n’est qu’en  prison qu'il est le plus expressif et le plus désespéré aussi, ayant enfin conscience que sa propre fin est proche … même s’il nie toujours son implication dans le meurtre dont il est responsable (en plus de celui du scientifique qui le plongera définitivement dans les affres de sa propre découverte). Krempe joue sur l’effet inverse. Agréable au début, il participe de bonne grâce aux expériences du Baron tant qu’elles se cantonnent aux cadavres d’animaux, puis l’aide malgré tout à voler un cadavre et commence à reculer lors de sa décapitation sans concession. Le changement commence à s’opérer lorsqu'il abat le monstre qui s’est échappé en pleine forêt d’une balle dans son œil mort (très bon plan graphiquement d’ailleurs, prétexte à une belle explosion de sang en quasi gros plan, sang qui renvoie à celui présent en permanence sur les blouses de Cushing là où celles d’Urquhart restent immaculées). Il arrive à nous faire croire qu'il est encore humainement correct quand il décide de quitter le château après la mort présumée de Lee puis quand il revient à l’occasion du mariage et il bascule totalement du côté obscur lorsqu'il part cherche de l’aide auprès des villageois (qu'on en verra plus, puisqu'il sera trop tard).

C’est dans la scène finale en prison, lorsqu'il vient voir Cushing accompagné de sa cousine dont il s’est visiblement rapproché qu'on peut observer sa complète mutation. Il a participé malgré lui à la création du monstre et reste le seul espoir de pouvoir sauver Cushing d’une mort par guillotine (renvoyant donc à la décapitation du cadavre qui démontrait déjà l’aspect déshumanisé) et pourtant, alors qu’il a essayé de sauver son âme durant tout le film, il reste froid et nie la vérité à son tour, mais consciemment, ça il ne parvient pas à le cacher, condamnant Cushing et récupérant sa cousine pour lui-même (la pauvre ne se rendant pas compte qu’elle a été entourée par des monstres bien plus perfides, dissimulés sous le masque de la bienséance au contraire du soi disant vrai monstre qui lui ne pouvait pas se cacher).

franki 6Le final du film est extrêmement sombre, noir avec un plan à contre jour sur une guillotine étant préparée pour Cushing qui part vers l’échafaud habillé de blanc (et ayant retrouvé ce qui faisait de lui quelqu'un d’humain) , abandonné de tous, y compris d’une Église qui ne l’aura écoutée qu’à contre cœur sans même lui offrir la repentance (ce qui colle parfaitement à la petite étude sociologique offerte par Fisher) et permettant au preux chevalier Urquhart de retirer son armure l’espace d’un instant pour nous offrir la cruauté la plus froide, sans aucune excuse celle ci (ni par le caractère fantastique de Lee, ni par l’élan passionné de Cushing pour son œuvre) et partir, dans un habit impeccable, laissant derrière lui celui qui fut son pupille, son ami et paradoxalement son mentor.

 

 

 

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Published by Ivenpast - dans Ciné Micro
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