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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 04:25

D’emblée, vous pouvez oublier le désastreux film de Richard Lester, ex monsieur loyal qui a manqué sa reconversion et qui aurait dû se faire buzzer depuis bien longtemps déjà. Personne n’ignore qu’à l’origine Superman et Superman II représentaient les 2 faces d’un même diptyque pharaonique tournées simultanément par Donner, comme le seront plus tard les deux séquelles de Retour vers le futur de Zemeckis, avec Brando et Hackman bien sûr, puis remis entre les mains en plastique de Lester qui n’aura de cesse de dénaturer la vision de Puzo et Donner suite à un soi disant clash entre les Salkind et le réalisateur du 1er opus. 

 

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Ce qui donnera Superman II ou le pire auto recyclage de l’histoire du cinéma fantastique. 

Le blurayde Superman II commence par une petite présentation enthousiasme et reconnaissante de Donner himself qui nous remercie chaleureusement d’avoir rendu possible l’exhumation de son métrage tout en précisant qu’il préfère oublier l’auteur du carnage à la Turock sur ses précieuses pellicules. 

A titre de comparaison, c’est comme si le Rocky Horror Picture Show s’était transformé en Barbie au bal des 12 princesses (j’exagère à peine et tant pis si je vexe les fans de Barbie et Ken) tant le niveau et la qualité de la vision de Donner s’éloignent de la mièvre myopie pseudo fantaisiste de Lester. Mais, j’arrête maintenant de m’attarder et je rentre dans le vif du sujet. 

J’espère cependant que les nombreuses captures d’écran pourront vous donner une légère idée de ce qui vous attend si vous vous décidez à vous procurer la précieuse galette. En souhaitant également que mon enthousiasme soit communicatif. 

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 On prend les mêmes et on change tout

 
Première bonne nouvelle, exit la scène d’ouverture ridicule sur Paris. Vous avez bien lu : le premier ¼ d’heure est purement et simplement éliminé. Terminé la VO sympa où on peut entendre Margot Kidder égrener quelques mots de français, oublié l’aspect McGyver des Terroristes au groupe constitué uniquement d’Ottis (au pluriel) et au revoir la scène (d’accord, plutôt bien foutue) de Superman éjectant l’ascenseur piégé vers l’espace. Et ce n’est pas un mal car on sent ici une volonté désespérée de retomber sur les pattes de Donner et du scénario original. 

 
On commence en fait par cinq à six minutes de séquences échappées du 1er opus : la condamnation de Zod et de son scooby gang par Brando, la mise en bouteille dans la zone fantôme et le départ de Kal-El en navette. 

 

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Pourtant la séquence d’ouverture diffère légèrement de ce que l’on connaît déjà. Les dialogues sont les mêmes bien sûr, personne ne s’attendant raisonnablement à voir Jor-El rallier la bande de malfrats mais les perspectives sont différentes, ce qui permet d’apporter un malaise supplémentaire et une haine croissante de la part de Zod. Ces quelques minutes apportent aussi une réponse à une question longtemps restée en suspens : comment se fait-il que les 3 badguys se soient retrouvés à proximité de la Terre et non pas ailleurs dans l’Univers ? 

 

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Visiblement, lors de l’explosion de Krypton, l’onde de choc a été telle que la prison de verre s’est retrouvée propulsée sur le chemin de Kal-El enfant, ce qui donne lieu à des plans porteurs d’une certaine énergie lorsque le panier interstellaire croise la route des criminels mais à une vitesse nettement supérieure. De fait, on comprend aussi pourquoi leur arrivée s’est révélée si tardive. On poursuit avec l’arrivée de Kal-El sur Terre puis le lancement des fusées et le sauvetage du pays par Superman. Souvenez-vous qu’il détournait un des deux suppositoires géants vers l’espace. La scène continue maintenant et on peut ainsi suivre le missile (qui n’était donc pas une fusée, OK) vers l’infini et … vers le dessous de plat de la zone fantôme, libérant de fait nos 3 super-gus. 


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Par rapport à Lester, c’est toujours Superman qui libère les 3 kryptoniens, d’accord. Mais après visionnage, on constate que ce dernier a tout fait pour se réapproprier le film, risquant de fait de briser la continuité entre les deux opus. Après tout, jusqu’à présent, entre Superman et Superman II, il aurait très bien pu s’écouler plusieurs années. Cela pouvait paraître crédible. Avec Donner, la complémentarité des deux parties est de nouveau établie , permettant de rendre indissociables celles-ci et leur conférant une portée dramatique sur l’avenir du héros jusque là inexistante (
Kill Bill et autre Star Trek à suivre sur plusieurs films n’ont donc rien inventé). 

 

Le tout se poursuit avec un plan assez spécial sur la sortie de la zone fantôme et sur un gros plan efficace de Zod hurlant dans l’espace un Free ! plus qu’inquiétant et emprunt d’une rage qui grandit le général rebelle, rompant très nettement avec l’image du méchant de service imprimée de force par Lester (on retrouve l’essence du personnage amorcée dans le premier film et collant avec son histoire). Zod gagne de l’envergure et du charisme, c’est indéniable. 

 Générique 

 
On enchaîne sur le générique d’ouverture toujours aussi transcendant, l’un des éléments caractéristiques de la franchise … qui saute évidemment avec Lester ; dixit 
Superman III et son humour douteux. 

 
Ici, fond spatial de rigueur, lettrage bleu et en relief synchrone à la seconde près avec la partition incroyable de John Williams qui parvient à faire dire Superman à sa musique. Singer l’a d’ailleurs bien compris (un des rares bons points de son adaptation). Premier frisson garanti à l’apparition de « A Richard Donner Film » et plaisir prolongé avec larmichette au coin de l’œil lorsqu’apparaissent Reeve, Hackman et Brando. On se tait donc avec respect, on repense à la dédicace à Reeve avant que le film ne commence (comme chez Singer, qui a du réussir à voir ce film avant tout le monde tant son histoire reprend à merveille les éléments de cet opus) et on écoute heureux en se surprenant à appuyer frénétiquement de l’index sur la touche volume up.

 Double identité dévoilée… ?

 
A la fin de Superman, quand Loïs discute avec Jimmy dans le désert (ou ce qui s’en apparente en tout cas. Comment ont-ils pu rentrer à Métropolis avec une faille qui s’est fait la malle, une voiture en panne et Superman faisant du tourisme sur la couche d’ozone ?), elle se rend compte malgré elle que Clark et Superman n’apparaissent jamais ensemble… La petite idée a depuis fait son petit bonhomme de chemin. On retrouve tout notre petit monde au Daily Planet avec Loïs consultant le dit journal et tombant sur une photo de Superman. Clark de son côté discute avec Jimmy en arborant la même pose que son homologue sur la photo. 

 

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Loïs à l’aide d’un marqueur grime Superman et remarque évidemment la troublante ressemblance pour enchaîner sur un dialogue amusant de double sens dans le bureau de Perry White qui veut les envoyer mener une enquête dans les love hôtel pour démontrer qu’il s’agit d’un milieu empli d’escrocs aux jeunes mariés. S’en suit alors une formidable séquence, rondement menée et sans toute la fioriture de Lester quand Loïs décide de risquer sa vie pour prouver la double identité de Clark. On en termine enfin avec le battage ridicule aux chutes du Niagara avec un Clark qui doit se faire passer pour un idiot congénital au moment de sortir Loïs des eaux. Lester a essayé de reprendre les mêmes ingrédients que Donner, à savoir : chute – appel à l’aide – panique de Clark – vision Laser – Loïs qui se rend compte que Clark n’a presque pas bougé, paniquée – Loïs regrettant sa témérité. Le problème, c’est qu’il s’est inutilement embourbé. 

 

Chez Donner, Loïs se jette de la fenêtre du bureau de Perry et chute dans le vide. L’effet de surprise est décuplé car le tout se passe dans un milieu urbain et Clark va devoir sauver la belle aux yeux de tous tout en conservant son secret. La scène est redoutable d’efficacité, Clark devant utiliser tous ses pouvoirs pour sauver Loïs : super vitesse dans les bureaux du Planet, vision chaude en pleine rue devant le journal et super souffle pour ralentir la chute de Loïs avant de réutiliser la super vitesse pour regagner sa place derrière la fenêtre. Loïs est donc sauvée (avec une pointe d’humour très proche des comics et bien plus fine que celle de Lester qui consiste à copier Vidéo Gag) et admet qu’elle s’est trompée… quoique. Le tout ne dure qu’une minute et en tant que spectateur blasé par le multiples visions de Lois et Clark et des métrages en eux même, j’ai du me repasser la scène au moins dix fois. 

On notera que Singer a repris le principe avec brio dans une séquence choc de la démonstration de pouvoirs à tout va. Il est sûr qu’il a été brillant dans le sauvetage de Metropolis. Mais la force de Donner réside dans une donnée simple : ce n’est pas Superman qui sauve Loïs mais bel et bien Clark, ce qui permet d’insister sur l’ambivalence d’un même personnage indissociable de ses deux facettes. Le fait que Superman confie plus tard à Loïs dans la Forteresse de Solitude qu’il sait enfin qui il est n’est donc plus aussi déplacé que chez Lester. 

 

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 L’évasion de Luthor

La scène de Donner est plus longue et mieux construite que celle de Lester. Elle permet d’approfondir les relations entre le personnage de Lex et de Miss Teachmaker (je ne suis pas sûr de l’orthographe sur ce coup là). 

 
L’ensemble des scènes d’Hackman ayant été tourné sous la direction de Donner, on ne saurait être surpris de retrouver dans cette version les mêmes images. Logiquement, on revoit l’hologramme, la discussion en prison sur le Nord et Tino Rossi et la carapate en ballon. Ottis est toujours aussi décalé et Donner en rajoute une couche avec le passage du Pssst !

 

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L’apport vient en fait du dialogue entre la belle blonde et le chauve mégalo. La miss rêve de mariage et semble aimer profondément Lex qui doit de son côté éprouver quelque chose pour elle pour avoir réussi à lui pardonner le monumental foirage des fusées. D’un autre côté, histoire de jouer les tordus, c’est aussi un peu grâce à elle qu’il a failli devenir roi d’Australie et de Cuba… 

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Bref une fois encore, Donner démontre son brio en surpassant Lester (je sais, on va finir par le savoir à force !) Lester use et abuse du comique de geste au détriment du reste. Donner utilise bien sûr le même procédé (Ottis en est un bon exemple) en y ajoutant un comique de situation et des dialogues décalés. Je citerai évidemment miss Teachmaker curieuse de savoir si Lex a rêvé d’elle en Bikini, ce à quoi il répond qu’effectivement il a bien pensé à elle… en parka, sans oublier bien sûr la répétition du gag de la direction entre Nord et Sud de Luthor qui parvient finalement à trouver un excellent contrepoids à sa folie furieuse dans la miss america 1980. Miss Teachmaker se révèle plus qu’un faire valoir et gagne en épaisseur (c’est possible… d’accord, humour foireux) Le 2nd opus de Superman étant également plus sombre que le 1er, on se débarrasse également d’Ottis (officiellement comme dans les scènes coupées) qui n’a plus d’utilité … Luthor prenant par moment sa place auprès du délicat trio (maison blanche, Daily Planet…)

 
Pour conclure, par rapport au Lester’s Cut, peu de rajouts, mais quels rajouts ! Il en de même pour tout le métrage, permettant à tous les personnages (Non compris) de gagner en finesse et en psychologie. 

 

 Bout d’essai Kent / Lane 

Cette scène qui représentait l’une des meilleures scènes coupées de la précédente édition collector de Superman est intégrée en plan - contre plan Loïs / Clark dans le film. Loin de dénoter dans l’ensemble, elle lui apporte une densité folle et permet d’oublier l’aspect colonie de vacances mis en place par Lester (même si le sauvetage de l’affreux moutard désobéissant était assez spectaculaire). 

 

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Dans la mouture précédente, lorsque nos deux journalistes rappliquent dans le Love Hôtel des chutes du Niagara on a droit à tous les clichés possibles sur ce type d’endroit : portier limite inconvenant et sans style, port de la mariée, chambre rose kitsch au possible, lit à eau en forme de cœur et faux feu de bois. 

 

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S’en suit un prétexte ridicule qu’on retrouvera dans 
Tigres et Dragons (et son hilarante parodie de chez Les Guignols) vis-à-vis d’un peigne et hop ! Loïs devine que Clark Kent est Superman, démontrant pour le coup beaucoup moins de stupidité galactique que ne le préconisait Tempus dans une autre série. 

 
Chez Donner, on retrouve l’hôtel mais on s’arrête sur le pas de porte de la chambrée, le groom suffisant à lui tout seul pour dénoncer ce type d’escroquerie aux jeunes mariés (arnaque qui se poursuit encore de nos jours, dixit 
La fiancée de Chucky). Ensuite, on retrouve nos deux comparses dans une chambre sans fioritures prêts à se rendre à une soirée. Une discussion s’engage négligemment sur la tenue désuète et le maintien affligeant de Clark en général pour dévier une fois de plus sur l’obsession de Loïs pour Superman. Une fois encore la mise en scène est brillante et construite. Je rappelle qu’il s’agit d’un bout d’essai qui s’intègre parfaitement au scénario d’origine puisqu’effectuant même un rappel par rapport à la tentative de démystification employée par Lois au début avec un élément dramatique imparable cette fois ci. Loïs ne risque plus sa vie mais celle de son ami avec un revolver. Effet garanti et complicité grandissante évidente entre les deux comédiens avec un Clark pris à son propre piège (Bonjour la confiance entre collègues !). Là où Lester voulait ajouter du burlesque à la Keystone Cops (ou à la Police Academy pour les plus jeunes) avec Reeve trébuchant sur la peau de bête (un peu grosse la ficelle, quand même), Donner va à l’essentiel et instaure une réelle tension dans ce rebondissement scénaristique de taille. On notera au passage la véritable performance d’acteur de Chris Reeve qui se métamorphose littéralement en Superman devant nos mirettes ébahies. Pas besoin de se prendre pour The Mask façon Dean Cain, l’illusion est parfaite. C’est ça le talent. 

 

Pour finir, je ne peux m’empêcher de constater une véritable trahison chez Lester. Clark n’est qu’un rôle joué par Superman pour s’intégrer (pour plus de détails, cf. le petit laïus de Bill dans Kill Bill part 2). Faire tomber Clark et le faire se trahir ainsi est un procédé trop facile pour être justifiable. Cela signifierait alors que c’est le coté maladroit de Clark qui constitue sa vraie nature… à méditer. 

 La découverte de la forteresse par Lex

 

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Rien de bien différent dans les deux versions à ce niveau si ce n’est un amusant gadget de Lex pour se rendre à la forteresse de solitude. Comme Brando et Hackman sont de la partie, Lester a réutilisé le matériau original en se fourvoyant. C’est Jor-El qui s’est occupé de sauver son fils avec l’appui de sa femme, et contre l’avis de tous les autres chefs du conseil. J’avais du mal à comprendre ce que fabriquait ce kryptonien chauve récitant son poème sur les arbres et la mère de Kal-El n’en imposait pas suffisamment pour assumer le rôle de mentor. Si on part également du fait quel la mère de Clark est vivante dans le film, il est plus que logique que le pendant paternel soit assumé par Jonathan Kent puis par Jor-El à la mort de celui-ci. Enfin, les rapports père fils sont propices à bien plus de scènes fortes que les rapports mère-fils. De plus, entre Lana Lang, Loïs Lane et sa mère terrienne, il y avait suffisamment de femmes dans la vie de Kal-El pour remplir toutes les facettes du côté féminin. 

 

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Jor-El apparaît donc à Luthor en lieu et place du stupide amas de cristaux télévisuelo-intéractif et renseigne malgré lui Luthor sur ce qu’il veut savoir. Je passe sur le côté fou fou de miss Teachmaker, pis-aller idéal pour désamorcer la tension de cette situation inédite (cf. quand elle trouve finalement les toilettes alors que le sort du monde est en jeu) et me permet de faire passer un screenshot de la présentation de Zod and co qui permet, pour l’époque d’avoir un aperçu de la technologie krytonienne plus en phase avec le décor de la forteresse de solitude. 

 

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Le rôle déterminant de Brando

Pour le fan qui se respecte, retrouver Brando à sa vraie place procure un plaisir rare et entretien une linéarité évidente avec le premier film. Effectivement, on pouvait d’abord voir le père tout puissant qui sauve son fils de l’explosion de sa planète natale, puis le mentor qui enseigne à Clark pendant plus de quinze ans tout ce qu’il doit savoir sur sa destinée. S’en suit une période d’opulence émotionnelle pour Clark jusqu’à la mort de Loïs. Premier défi au père et premier soufflet puisque Superman passe outre des recommandations essentielles pour sauver celle qu’il aime. Le parcours initiatique se poursuit dans le second opus avec un Kal-El épris, prêt à tout sacrifier et faisant montre d’un certain égoïsme vis-à-vis de sa mission humanitaire afin de devenir humain (au plus mauvais moment s’entend) au détriment des avertissements de Jor-El. 

 

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Il nous fait sa crise d’adolescence, ni plus, ni moins puisqu’il rejette son héritage pour assouvir ses envies. On découvre ainsi un aspect jusque là méconnu du Superman de Reeves. On connaissait par cœur son caractère boy scout se sacrifiant avec joie pour assumer son idéal déclamé à Loïs un peu plus tôt (défendre la justice, l’american way…), on découvre maintenant des propos durs et qui ont le mérite de se poursuivre dans le Superman Returns de Singer. J’avais été un peu choqué de voir Superman utiliser ses pouvoirs à des fins personnelles peu reluisantes (voyeurisme chez Loïs et autres…), les choses apparaissent plus claires à présent et il apparaît somme toute normal que même le plus grand super héros traverse des crises personnelles (Batman ne sera plus seul dans la cellule VIP d’Arkam, ça rassure). 

 

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On peut aussi s’interroger sur ce que Kal-EL a véritablement fait pour les humains suite à la réplique ci-dessus. Dans la mythologie Donner, de sa naissance à son arrivée à Metropolis, Clark n’a pas fait grand-chose. Toute la saga Smallville a visiblement sauté puisque Clark n’a visiblement aucun ami et vit dans une sous existence pénible destinée à protéger ses pouvoirs et ceux qu’il aime. Exit donc toute l’adolescence de type Superboy. A part envoyer des ballons dans l’espace et dépasser les trains à la course, il ne reste pas grand-chose… 

 

Une fois Jonathan décédé, il part sur le chemin de sa propre découverte et noue des liens avec Jor-El pendant une quinzaine d’années. Jusque là, pas d’actes héroïques à son actif. Il arrive ensuite à Métropolis (j’aimerais savoir au passage d’où il sort son costume puisque maman ne l’a pas fait (au contraire de Lois et Clark) et que les tissus de son vaisseau spatial lui couvrait à peine le derrière petit…) et dans le détail, en restant chez Donner, il sauve Loïs d’un accident d’hélicoptère, capture une bande de brigands, sauve un chat et vient une fois encore à la rescousse de Loïs au détriment de tout le reste pour ensuite, devinez quoi, re-sauver Loïs d’une tentative de démonstration un peu débile . Bien sûr, il a empêché l’inondation d’une vallée habitée et a rebouché la faille de San Andréas, il a sauvé tout un car d’adolescent et empêché le déraillement d’un train. D’un autre côté, il a aussi libéré trois criminels ayant chacun ses pouvoirs…

En gros, le seul acte héroïque qui ne concerne pas une seule personne réside dans la construction express d’un barrage et dans la résolution de deux problèmes de circulation. Une seule action de ce type ne peut se résumer à un « après tout ce que j’ai fait pour eux », faut pas charrier. Oui, Superman est égoïste et il ne l’assume pas. Donner égratigne donc encore le mythe et la vertu de son héros pour le faire ressortir plus grand de toute cette crise en préparation. 

 

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Clark (et non Kal-El) entre donc dans la section kryptonite rouge de la forteresse dans une variante agréable du ridicule cercueil de cristal-plastique de Lester et perd ses pouvoirs. On en termine avec la décomposition moléculaire absurde et mal foutue mais on perd aussi le seul bon ajout de Lester qui consistait à voir s’évaporer un Superman en costume laissant derrière lui un Clark Kent plus humain que jamais : il l’est à la fois mentalement (voir précédemment) et aussi physiquement. 

Loïs assiste toujours à l’ensemble de la scène, cette fois dans un T-shirt Superman so pretty mais sous le regard chargé de reproche de Jor-EL qui lui aussi regarde son fils perdre tous les espoirs qu’il représentait pour lui. Non seulement, son fils le bafoue et renie ce qu’il est, mais en plus, il ne semble pas apprécier la petite copine de ce dernier. 

La scène est grandiose, grandiloquente avec pourtant peu de dialogue et lourde de sens avec l’explosion de la console cristalline et la disparition d’un Jor-El écoeuré. 
Le fils prodigue veut vivre sa vie et va le regretter. 

 

 Pendant ce temps, dans un trou perdu ricain…

 

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Les trois autres Kryptoniens qui n’ont pas dû avoir de parents du tout dans leur enfance continuent gaiement leur découverte de la planète Houston sur un lac, dans la cambrousse et dans un village où ils dégomment tout sur leur passage. Donner coupe des scènes entières de Lester (Non qui s’acharne sur un bout de bois pour le brûler et le faire passer pour un arriéré mental, le Mont Rushmore refaçonné à la gloire de Zod…) ce qui permet au rythme d’être plus intense et soutenu (dommage pour la très drôle partie de bras de fer entre Ursa et un péquenaud local) et de filer directement à la maison blanche où le carnage et les cadavres sont démultipliés. 

 

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On voit ainsi un Zod blasé par sa supériorité qui laisse ses gardes chaumes s’amuser un peu jusqu’à l’entrée fracassante d’un GI qui fait cadeau de sa mitraillette au général. 
Zod (apparenté plus que jamais à un terroriste intergalactique avec ce plan) entre en scène et prend son pied, démontrant, si besoin est, son mépris de la vie. Le montage de Donner est énergique et ne se perd pas dans le sauvetage de la vie du père d’un campagnard ni dans les méandres d’une découverte télévisuelle du conflit en alternance avec la maison blanche. Les deux sont mélangées avec efficacité pour faire avancer le récit. 

 LA scène du film (ou pourquoi Brando a touché si cher de manière justifiée) 

Une question quasi-existentielle me taraudait depuis ma première vision de Superman II. Comment Kal-El a récupéré ses pouvoirs alors que le procédé devait être irréversible ? On le voyait le visage tuméfié et transi de froid revenir à la forteresse dévastée et un quart d’heure plus tard, le temps que Metropolis soit mis à sac, il revenait frais comme un gardon et dérouillait tout son petit monde. 

 

Donner avait la réponse. Elle consiste dans la scène la plus onirique et la plus touchante des la tétralogie Superman actuelle. Et cerise sur le gâteau, elle apporte un éclairage nouveau au film de Singer (qui voit sa côte perso remonter vitesse grand V au fur et à mesure que je rédige cet article). Evidemment, Brando est de la partie. Tout à l’heure, on avait donc un Clark Kent voulant oublier son passé, bouffi d’arrogance qui défiait son père. Logique sur le parcours initiatique, on a dorénavant un Kal-El déchu et repentant, dans un triste état, qui supplie son père de réparer ses erreurs et qui n’a pas la force (le courage ?) de le regarder droit dans les yeux, conscient de son erreur. Le prix à payer va être insupportable mais permettra à Superman et Clark de coexister et de devenir un seul et même être mature et adulte (il aura fallu la mort de deux paternels pour en arriver là).
Pour ce qui est des captures d’écrans, je n’ai pas effectué de montage de dialogue comme tout à l’heure, pour laisser à chacun la joie d’apprécier la tension du moment. 

 

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C’est le visage d’un père prévoyant, quasiment l’égal d’un dieu omniscient qui scrute Kal-El , avec l’espoir déçu de lui apporter la rédemption. Reeve est ici magnifique (Routh et Cain peuvent s’accrocher, il ne parviendront jamais à cet instant de grâce). 

 

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Jor-El apparaît alors physiquement pour la première et dernière étreinte qu’il pourra donner à son fils. Le passage de relais est effectué, Clark a perdu ce qu’il avait de plus cher mais a accepté son héritage et sa destinée. Bouleversant. 

 

 Quand les demi dieux s’affrontent

 

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Nous revoici à Metropolis pour la bataille (et non la grande scène) finale entre les kryptoniens au grand complet. Je passe le moment où le Daily Planet est à moitié détruit et vais m’attarder su les petits plus qui permettent de dépasser la version précédente un peu tout public. Superman est revenu et nargue nos trois super criminels dans une pose très DC Comics (Batman a la même dans 
Batman Begins). 

 

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S’en suit à quelque chose près la même lutte que chez Lester à ceci près que ce sont Perry et Loïs qui assistent impuissant à la scène et non plus LoÏs et une péronelle qui craque pour Non ; élan du cœur totalement incompréhensible dans le contexte de destruction de la ville. Encore un non-sens probant. Les coups fusent, Superman est envoyé en plein sur la statue de la liberté, ce qui tranche radicalement avec le dernier passage où on a pu la voir, quand Loïs vole dans les bras de l’homme d’acier. Métaphore d’un amour dangereux et impossible avec cette démolition en règle du monument qui colle inévitablement avec l’un des seuls souvenirs privés du couple ? Peut être. 
Zod n’ayant rien compris dans sa pseudo victoire doit ensuite faire face à la ville qui se rebelle contre lui, ce qui reste emblématique de l’amour de la Terre pour Superman mais cause désespérément perdue pour leur propre survie. Le réal laisse d’ailleurs passer une réplique savoureuse que je vous retranscris en image : 

 

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On perd heureusement tous les passages du type du gars qui reste accroché à la cabine téléphonique après avoir perdu sa moumoute quand s’abat sur la ville la tempête de supersouffle. Le reste colle avec ce que l’on connaît déjà, nonobstant un petit plan de Superman s’extrayant avec peine du camion Malboro. Puis fuite du héros pour amener le conflit sur un terrain non habité (typique dans 
DBZ quand on y pense… à croire que les E.T. nous aime vraiment). 

 

Lors du combat dans la forteresse, exit aussi les deux démonstrations de pouvoirs ridicules et fantaisistes résidant dans le blason de superman qui se transforment en filet et dans la sorte de rayon énergétique produit par les index de tout le monde. On va droit à l’essentiel pour retomber sur les rushs existant de la trahison de Luthor et de la victoire basée sur l’inversion de la cage de soleil rouge. La Terre est sauvée, Loïs va retrouver Metropolis et Superman dans tout ça ? 

 

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Il a tout perdu, ne restant de son père que la mission qu’il a momentanément dédaignée et pour mieux marquer ce changement de cap et l’acceptation de ce qu’il est, il détruit purement et simplement la forteresse avant de s’envoler avec Loïs pour ce qui sera LA seconde scène du film. 

 LA seconde scène du film (où comment le rédacteur fatigué ne se foule plus pour trouver ses sous titres) 

Dans la vision de Lester, j’avais détesté le coup du bisou hypnotique qui permet de tout oublier (repris dans 
Superman IV), j’avais ressenti une énorme déception en voyant que les méchants n’étaient que d’opérette et qu’ils avaient été vaincus par leur propre orgueil démesuré et je ne parle pas de la fin à la Rocky 4 patriotique à en vomir. 

Magic Donner était heureusement là et avait un tout autre projet salopé par les Salkind. 
Superman I et II ne sont, on le sait maintenant, qu’un seul et même film. Malheureusement, le but étant d’assumer le spectacle avant tout, la fin de Superman, aussi spectaculaire et marquante soit elle (et représentant depuis la solution impossible citée dans je ne sais combien de séries comme Malcolm in the Middle) ne devait être prévue que pour conclure de manière extraordinaire Superman II

 
Vu que Donner est de nouveau aux commandes pour produire la vision d’un chef d’œuvre qui s’ignorait jusqu’alors, il reprend le même procédé et nous montre ce qu’il désirait vraiment en faire, loin de la vision en carton pâte du premier opus (les maquettes étaient bien trop visibles). 

Et c’est un coup de maître qui redonne un troisième souffle à tout un lot de sous intrigues qui auraient pu nous donner une suite de films tout aussi géniaux les uns que les autres. Tout le monde a encore en tête le Superman furieux qui décida de remonter le temps. Le plan est d’une beauté et d’une poésie peu commune et nous montre un dieu à l’oeuvre. 
Ici, rebelote. Superman raccompagne Loïs sur son balcon et discute quelques minutes avec elle avant de s’envoler sur son serment de ne jamais révéler son secret. 
Le plan d’après, on peut voir Metropolis qui retrouvé sa routine routinière avec des gens pressés, Perry qui se prépare à se laver les dents…. Puis soudain, le temps semble comme s’accélérer … à reculons. Vous aurez pigé le truc : avant, nous étions spectateur avec vue sur la Terre. Maintenant, nous vivons le phénomène du point de vue des terriens et non plus uniquement de Superman. L’effet est grandiose ! 

 

 

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On se retrouve avec une statue de la liberté qui se répare toute seule, avec les dégâts occasionnés par Zod qui prennent le même chemin et surtout, cohérence scénaristique totale, avec nos trois super Bad Guys qui se retrouvent de nouveau prisonniers de la zone fantôme ! Excellent rebondissement qui peut laisser présager un retour de ces derniers … en pleine possession de leurs moyens puisqu’ils crient à l’infini un non rageur qui démontre clairement qu’ils n’ont rien oublié de ce qui vient de sa passer, au contraire de toute la planète. 

Le lendemain, Clark retourne au Daily Planet et teste insidieusement Loïs pour constater l’efficacité de son tourde passe-passe et nous donne à voir un personnage à la fois satisfait et triste. 

Et voilà. Que dire de plus à ceux qui ont tenu jusqu’ici ? Ruez-vous sur la rondelle et régalez vous ! (Allez aussi jusqu’à la fin du générique pour partager la prise de conscience de Donner. Je n’en dirais pas plus) L’attente n’a jamais été aussi justifiée et reste l’occasion de voir un nouveau Superman incarné avec justesse par Christopher Reeve. 

 
N’oubliez pas non plus de jeter un coup d’œil à la passionnante reconstruction du film et aux scènes coupées qui restent vraiment très drôle (l’autre évasion possible de Luthor est tordante et offre un bel hommage aux comiques d’autrefois). 

A plus dans un prochain article. 

 
Ivenpast

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